Langage, Vérité et eXactitude

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3e séminaire 2 décembre

samedi 22 novembre 2014

Séminaire LaVeX - Langage Vérité Exactitude
PEPS CNRS Idex Université Bordeaux
http://lavex.u-bordeaux.fr/

mardi 2 décembre à 18h30, ISM, Université de Bordeaux

Intervention

  • Psychanalyse, vérité et mathématiques, par Boas Erez, Professeur de Mathématiques, université de Bordeaux

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présentation associée

Discussion partie n°1

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Discussion partie n°2

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Psychanalyse, vérité et mathématiques Par Boas Erez

On connaît les débats autour de la place que la psychanalyse pourrait occuper dans le champ scientifique. Nous n’allons pas rentrer dans ce débat, mais plutôt nous intéresser à la question de savoir dans quelle mesure l’expérience de la psychanalyse peut être formalisée. Plus précisément, nous allons montrer comment les mathématiques sont étroitement liées à ce qui se dégage de l’expérience psychanalytique, ce qui fournira— entre autre—un exemple d’usage des mathématiques dans un champ où la vérité n’est pas correspondance ou cohérence.

Un des objectifs d’une psychanalyse est de faire vrai, de donner un sens de vérité à la donnée immédiate, qui ressort de la cure. La question qui nous intéresse passe donc forcément par une compréhension du type de vérité qui est en jeu dans la psychanalyse. Or, avec les travaux de Jacques Lacan et sa réinvention de la psychanalyse, le langage est devenu la limite du champ psychanalytique. Il faudra donc voir en quoi la vérité en psychanalyse dépend de la structure du langage.

Notons déjà que le faire dont il s’agit dans « faire vrai » n’est pas le résultat d’une recherche (on ne cherche pas, on trouve). En effet, depuis Freud, on demande au psychanalysant de « dire ce qui lui passe par la tête » (méthode des associations libres) et le psychanalyste produit des interprétations, qui sont des constructions. De plus, de structure, la vérité ne pourra jamais être dite que à moitié. Une partie en reste interdite, soit dite entre les lignes. Dans une cure, on appelle donc la vérité à la barre et ce sera la vérité à parler. Ainsi, nous sommes très loin de la vérité définie par correspondance ou cohérence, et il sera utile de comparer cette conception de la vérité à des conceptions similaires dans d’autres champs disciplinaires.

Comment tout ceci peut-il s’articuler avec les mathématiques ? On ne peut pas superposer les notions de vérité en mathématiques et en psychanalyse. En effet, un mathématicien peut être convaincu de la vérité d’un énoncé, il peut en avoir une intuition, mais il ne dira pas qu’il sait qu’un énoncé est vrai, s’il n’en possède pas une preuve. A contrario, en psychanalyse, comme nous l’avons vu, s’il y a bien des énoncés qui font vérité, il ne s’agit ni d’en avoir une intuition, ni d’en fournir une démonstration à partir d’énoncés qui seraient plus fondamentaux.

Nous verrons que, malgré ces différences, psychanalyse et mathématiques s’articulent au niveau de la structure qui apparaît lors d’une cure, à l’instant qui fait vérité. Cette structure est topologique et la topologie mathématique l’a aussi (partiellement) explorée.

Indications bibliographiques
-  ’’L’étourdit’’ de J. Lacan [1972], que l’on peut trouver dans Autres écrits, Seuil, 2001
-  B. Cassin : Jacques le sophiste : Lacan, logos et philosophie, Epel, 2012
-  M. de Certeau : HIstoire et psychanalyse, entre science et fiction, Folio histoire, n° 116, 1987
-  H. Damisch : L’origine de la perspective, Coll. Idées et recherches, éd. Flammarion, 1987
-  R. Guitart : Evidence et étrangeté : mathématique, psychanalyse, Descartes et Freud, Bibl. du Coll. internat. de philosophie, PUF, 2000
-  P. Trawny : La liberté d’errer, avec Heidegger, Ed. Indigènes, 2014